Gale Croûteuse
Résumé Clinique
Monsieur Marcel Dubois, âgé de 82 ans, atteint de maladie de Parkinson et sous corticothérapie au long cours pour une artérite temporale, a été hospitalisé pour une dermatose érythémato-squameuse et croûteuse généralisée évoluant depuis 8 mois. Initialement prise pour un psoriasis résistant, la dermatose s'est étendue malgré des traitements locaux intensifs, s'accompagnant d'un prurit tenace et d'une altération de l'état général. Le patient, du fait de sa pathologie neurologique, présentait des difficultés à exprimer la sévérité de son prurit, ce qui a probablement contribué à un retard diagnostique. L'examen clinique a révélé des plaques hyperkératosiques diffuses, onychodystrophie et lymphadénopathies, sans sillons scabieux typiques, orientant vers un tableau atypique de dermatose inflammatoire chronique. Le diagnostic différentiel initial incluait des formes atypiques de psoriasis érythrodermique, d'eczéma chronique hyperkératosique, de dermatophytie généralisée ou même des syndromes paranéoplasiques. L'hyperéosinophilie et l'élévation de la CRP au bilan biologique suggéraient un processus inflammatoire ou parasitaire. La biopsie cutanée, bien qu'indicative d'une infestation, n'a pas été formellement conclusive sur la nature du parasite, soulignant la difficulté diagnostique. C'est finalement la réalisation d'un raclage cutané approfondi, examen clé en dermatologie, qui a permis de visualiser au microscope la présence massive de Sarcoptes scabiei à différents stades de développement, scellant le diagnostic de gale croûteuse, également connue sous le nom de gale norvégienne. Ce diagnostic tardif est malheureusement fréquent chez les patients immunodéprimés, âgés ou neurologiquement atteints, où la réponse immunitaire est altérée et les symptômes classiques masqués. La détection de cas similaires dans l'EHPAD a renforcé cette hypothèse. La prise en charge a immédiatement consisté en un traitement systémique par ivermectine et des applications topiques de perméthrine, avec isolement du patient et traitement prophylactique de l'entourage proche et du personnel de l'EHPAD. Le patient a montré une amélioration progressive, bien que lente, des lésions cutanées et une diminution du prurit, soulignant l'importance d'une vigilance accrue face aux présentations atypiques de dermatoses prurigineuses chez les sujets à risque.